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Mascha Kaléko

Mascha Kaléko

poétesse de langue allemande

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Mascha Kaléko (1907-1975) est une poétesse et prosatrice de langue allemande. Juive, elle a dû et pu quitter Berlin et l'Allemagne en 1938 pour s'exiler avec mari et enfant à New York. En octobre 1959, elle et son mari, Chemjo Vinaver, s'en vont résider à Jérusalem. Elle meurt en janvier 1975 à Zurich lors de l'un de ses voyages en Europe. Mascha Kaléko était, où qu'elle aille, une étrangère: Juive polonaise en Allemagne, Juive allemande en Israël, Européenne invétérée en Amérique. Sa poésie est d'une rare simplicité, évoquant "les choses les plus difficiles en une seule ligne". Pour Daniel Kehlmann, elle est la moins allemande des poètes allemands.

Biographie

Enfance (1907-1918)

Golda Malka (Mascha) Aufen naît le 7 juin 1907 à Chrzarnów en Galicie occidentale. Elle est la fille aînée de Rozalia (Rosa) Chaja Reisel Aufen (1883-1975), citoyenne autrichienne et de Fischer Engel (1883-1956), commerçant, citoyen russe. Les parents sont mariés religieusement, pas civilement. Mascha porte donc le nom de sa mère. Chrzarnów se situe à 40 kilomètres à l’ouest de Cracovie, à 20 kilomètres au nord d’Auschwitz, la frontière prussienne n’est qu’à 40 kilomètres de distance. Le père est souvent en voyage d’affaires. Au sein du foyer, on parle allemand et yiddisch. Les jeunes filles au service de la famille viennent de Berlin et familiarisent la petite Mascha au dialecte berlinois. Sa sœur, Lea, naît en 1909. Au contraire de sa sœur cadette, obéissante et sage, elle est plutôt difficile, vivant dans son propre monde, fugueuse à cinq ans et demi.

En août 1914, la guerre éclate et les troupes russes avancent en Pologne. Le père craint peut-être d’être enrôlé et de devoir combattre contre sa parentèle autrichienne. La famille émigre en Allemagne, tout d’abord à Francfort-sur-le-Main. Là-bas, le père est interné en tant que citoyen d’une nation ennemie. Mascha y fréquente l’école primaire de 1914 à 1916. En 1916, la mère et ses deux filles déménagent à Marbourg. Le père est libéré avec l’obligation de se présenter chaque jour aux autorités. Mascha est une élève douée et écrit ses premiers poèmes. La famille vit difficilement : dans un texte écrit dans les années 1930, elle évoque ces « parents qui ne pouvaient même pas nous acheter les livres d’enfant imprimés sur ce papier gris utilisé pendant la guerre ».

Berlin (1918-1938)

À la fin de la guerre de 1914-1918, la famille s’installe à Berlin. Le père, Fischer Engel, exerce divers métiers : dans la communauté juive, il supervise l’observance des prescriptions alimentaires (mashguia’h kashrout). Par ailleurs, il travaille comme négociant en bois, dans la marine fluviale et dans un laboratoire de photos. En octobre 1920 naît la sœur Rachel. En avril 1922, le couple se marie civilement et Mascha devient Mascha Engel. En août 1924 naît le benjamin, Chayim (Haïm).

En ce début de la République de Weimar, la situation politique et sociale est tendue : nombreuses grèves, pic d’inflation, chômage de masse, remboursement des dommages de guerre. La famille habite dans le Scheunenviertel où affluent nombre de Juifs de l’Est (Pologne, Russie, Galicie), très peu considérés par les juifs occidentaux car pauvres, trop religieux et vivant entre eux. Mascha fréquente l’école des filles de la communauté juive, est très bonne élève, mais arrête ses études à 16 ans, son père estimant qu’une fille n’avait pas besoin d’en faire davantage.

En 1924, Mascha débute un apprentissage comme employée de bureau dans une institution juive d’aide sociale, un travail qui lui permet de gagner sa vie. Durant ses loisirs, elle lit beaucoup, écrit des poèmes, fréquente en auditrice libre des cours du soir en philosophie et en psychologie. En , elle se marie avec Saul Aaron Kaléko (1897-1971), philologue, journaliste, enseignant d’hébreu. Ce dernier publiera en 1929 un manuel d’apprentissage de l’hébreu (Hebräisch für Jedermann) dont la 5e édition paraîtra encore en 1939 et qu’utilisera Eichmann pour s’initier à la langue.

Le couple Kaléko déménagera à plusieurs reprises pour finalement s’installer dans la Bleibtreustrasse, une rue qui croise le Kurfürstendamm. Après ses heures de bureau, Mascha fréquente le Romanisches Café, un lieu de rencontre de journalistes, écrivains et autres artistes. Au milieu des années 1920 naît un courant artistique appelé Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité) ancré dans la politique et le social, décrivant la réalité avec humour, ironie, un regard critique. Sans en faire partie, elle écrit dans cette même veine et publie ses premiers poèmes en dialecte berlinois en 1929.

À partir de 1930, ses poèmes et proses paraissent régulièrement dans des journaux dont la Vossische Zeitung ou dans des revues dont le Simplicissimus. Ce sont des instantanés de la grande ville, des portraits d’employés la semaine au travail, le dimanche au vert comme dans le film Les hommes le dimanche. Les vers sont rimés, le rythme celui des chansons populaires, le ton entre ironie et mélancolie, dans une langue de tous les jours. Ses poèmes ont beaucoup de succès, sont repris dans les journaux d’autres villes en Allemagne, Autriche, Suisse, Tchécoslovaquie et sont mis en musique. La poétesse les lit dans les cabarets, à la radio. Elle aime à se rajeunir de 5 ans, émerveille par sa précocité, son sens de l’observation et sa profondeur. À cette époque, elle voyage aussi beaucoup au Danemark, en Autriche, en Espagne, en France, jusqu’au Maroc espagnol. Cette période de 1928-1932 a représenté pour Mascha Kaléko « les quelques années lumineuses avant la grande obscurité à venir » comme elle le raconte dans sa conférence de Kassel en 1956.

En , sur l’initiative de Franz Hessel, alors lecteur chez l’éditeur Rohwolt, elle signe un contrat portant sur la publication d’un recueil de ses poèmes. Das lyrische Stenogrammheft. Verse vom Alltag (Le bloc sténo lyrique. Poèmes du quotidien) paraît en . Le livre se vend bien et est réédité jusqu’en novembre 1936.

En 1933, avec l’arrivée au pouvoir de Hitler et des nazis, de nombreux écrivains, intellectuels, journalistes doivent fuir l’Allemagne souvent dans des circonstances rocambolesques. Par exemple, le 27 février 1933, dans la cave d’un café berlinois, au programme séance de lecture avec Walter Mehring. À l’arrivée de ce dernier, Mascha le presse de s’enfuir, à l’étage au-dessus des sbires à la croix gammée sont venus l’arrêter. Le temps qu’il disparaisse, elle fait barrage aux policiers en jouant à l’artiste déconnectée, charmante, curieuse de connaître l’objet de leur visite. Le a lieu l’autodafé de tous les auteurs mal vus par les autorités nazies. Le livre de Mascha Kaléko n’y figure pas. Même si, depuis début 1934, aucun journal ne publie ses poèmes, elle ne se sent probablement pas réellement en danger, gagne bien sa vie en tant qu’écrivaine, tout comme son mari, voyage, se forme dans une école de publicité et rédige des textes publicitaires sous pseudonyme. En décembre 1934 paraît son deuxième livre, Kleines Lesebuch für Große. Gereimtes und Ungereimtes (Petites lectures pour grandes personnes. Rimes et proses), deuxième édition en décembre 1935. Le ton y est moins critique, moins ironique, on y parle des amours qui se font ou se défont, de petits détails de la vie quotidienne, d’une jeunesse ne sachant pas trop comment réaliser ses rêves. C’est à cette occasion que Herrmann Hesse évoque dans une revue suédoise, l’influence de Heinrich Heine dans les poèmes de Mascha Kaléko.

En , toute activité d’écriture et de publication est interdite à la poétesse, ses livres ne peuvent plus être imprimés ni vendus en Allemagne. Elle publie des traductions de poèmes yiddish de Itzik Manger et des contes pour enfants dans des journaux juifs. En 1935, elle fait la connaissance du compositeur et musicologue Chemjo Vinaver.

Ce dernier, né à Varsovie en 1895, dirige, depuis 1933, un chœur de chanteurs d’opéra juifs licenciés au sein d’institutions communautaires juives en Allemagne. Mascha est enceinte de lui. L’enfant, Avitar Alexander, naît fin . Le père est officiellement son mari, Saul Kaléko. Finalement, les deux époux se séparent en octobre 1937, Mascha, Chemjo et l’enfant vivent dans l’appartement de la Bleibtreustrasse. C’est de cette époque que datent les premiers maux d’estomac dont la poétesse souffrira toute sa vie. Le 28 juin 1938, les deux amants se marient à la mairie.

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