Joni Mitchell
musicienne et peintre canadienne
Roberta Joan Anderson, dite Joni Mitchell, est une autrice-compositrice-interprète, musicienne, chanteuse et peintre canadienne, née le à Fort Macleod (Alberta).
Biographie
Enfance
Roberta Joan Anderson (surnommée Joanie, puis Joni) est née le , dans une fratrie de trois enfants, à Fort Macleod. Les ancêtres de sa mère (institutrice) étaient écossais et irlandais. Son père était issu d'une famille norvégienne qui avait peut-être des ancêtres samis. Sa mère était enseignante, tandis que son père était lieutenant dans l'Aviation royale du Canada (Royal Canadian Air Force ou RCAF). Il formait les nouveaux pilotes à la station de Fort Macleod (lieu d'entraînement au vol de la RCAF).
Atteinte à 9 ans de poliomyélite qui menaçait de la laisser infirme à vie, elle apprend la musique puis une fois guérie chante dans le chœur de l'église locale, mais se montre, par contre, rebelle aux leçons de piano, et n'aime pas l'école. À l'âge de 11 ans, elle déménage avec sa famille dans la ville de Saskatoon, qu'elle considère comme sa ville natale.
Les années 1960
Joni Mitchell apprend aussi le ukulélé et la guitare en autodidacte et commence des études d'arts plastiques. Elle enregistre House of the Rising Sun pour une radio locale. Ses succès sur la scène musicale locale la décident à prendre la route et à partir pour Toronto. Elle y rencontre Chuck Mitchell en 1965. Son bref mariage avec ce chanteur de folk américain lui permet de se produire aux États-Unis, d'abord en duo avec lui, puis seule, en interprétant ses propres compositions (paroles et musique). Dans les cafés et les clubs de folk, mais aussi à la télévision canadienne grâce au soutien d'Oscar Brand, Joni Mitchell se fait connaître par son style unique de song-writing — accordant sa guitare à sa propre manière, utilisant de nombreux accordages en accord ouvert (on lui en connaît plus d'une cinquantaine). Elle se rend à New York, mais c'est dans un club de Floride que David Crosby (futur membre du quartet vocal Crosby, Stills, Nash and Young) la découvre en 1967. Il l'aide alors à enregistrer son premier album, Song to a Seagull, chez Reprise Records, à Los Angeles où elle s'installe. David Crosby produit l'album et Stephen Stills joue la basse sur une chanson.
Urge for Going, sa première composition à atteindre les classements, est interprétée par d'autres, notamment Tom Rush. Les chansons de ses deux premiers albums Song to a Seagull (1968) et Clouds (1969), principalement des ballades, sont assimilées de façon réductrice au mouvement folk de l'époque. Originales et poétiques, elles profitent de l'amplitude de sa voix couvrant les registres de soprano et d'alto, de son timbre, et d'un jeu de guitare élaboré. Sur le premier de ces albums, Stephen Stills l'accompagne à la basse (sur Night in the City), tandis qu'elle enregistre elle-même des harmonies vocales raffinées sur la plupart des plages, ou sous forme dialoguée dans The Pirate of Penance. Traité de façon similaire mais avec une production de meilleure qualité (Joni est désormais seule aux commandes), Clouds lui assure une visibilité grandissante, grâce à deux titres largement repris par d'autres artistes, le dynamique Chelsea Morning - par Neil Diamond entre autres sur l'album Stones en 1971 - le méditatif Both Sides Now (notamment par Judy Collins). Jalonné de ballades mélancoliques au point d'être inquiétantes, l'album contient également une critique (chantée a cappella) de l'engagement des Américains au Vietnam (The Fiddle and the Drum).
Forte d'une popularité croissante, Joni Mitchell multiplie les apparitions scéniques et bientôt les tournées. Dès 1969, elle fait salle comble au Carnegie Hall de New York, prestation restée mémorable. Elle fait venir ses parents du Canada pour assister au spectacle.
Les années 1970
Son troisième album, Ladies of the Canyon (1970), qui amorce une diversification de ses moyens d'expression, est largement inspiré par sa vie californienne (le « canyon » du titre est Laurel Canyon, où elle réside à l'époque). L'album contient aussi le véritable premier succès de Mitchell, Big Yellow Taxi (qui sera repris en France par Joe Dassin). Un autre de ses titres, Woodstock, à propos du festival de 1969 (auquel elle n'a pas participé, son manager ayant préféré assurer sa présence télévisée au Dick Cavett Show), devient également un tube par la version de ses amis Crosby, Stills, Nash and Young sur l'album Déjà Vu, version audible au générique de fin du film du même nom. Woodstock devient l'hymne culte de toute une génération. Joni le chante notamment au festival de l'Ile de Wight, en 1970. Jouée au piano et incorporant un solo de clarinette, For Free est la première chanson d'une longue série traitant des avantages de la célébrité et de ses inconvénients, perte de liberté, vie privée dévoilée. Rainy Night House évoque, semble-t-il, le souvenir de sa rencontre avec son compatriote Leonard Cohen.
Cette approche tendant vers le confessional folk se poursuit avec Blue (1971), mise à nu sans équivalent conçue à l'issue d'un long séjour en Crète. Elle se sépare du musicien Graham Nash (auteur de Our House, célébrant leur couple), compose et enregistre A Case of You (à la guitare : James Taylor) ou This Flight Tonight (en). Dans Little Green (en), Joni évoque sa fille confiée à l'adoption peu après sa naissance en 1965 et qu'elle retrouvera dans les années 1990. River quant à elle évoque sa nostalgie du Canada et la pression de la scène musicale. Sur Blue, Mitchell recourt souvent au piano, ainsi qu'au dulcimer des Appalaches (sur 4 titres). L'album sera classé 2e parmi les « 50 plus grands albums de tous les temps », catégorie « Women who rock », par le magazine Rolling Stone.
Certaines rythmiques plus rock apparaissent dans les deux albums suivants, enregistrés sous le label d'une nouvelle maison de disques, Asylum : For the Roses (1972), dont la chanson titre reprend les thèmes développés dans For Free, et Court and Spark. Si le premier - composé dans la petite maison qu'elle s'est fait construire sur une terre acquise en Colombie-Britannique - s'est bien vendu, emmené par le single You Turn Me On, I'm a Radio (nouvelle critique de l'industrie musicale), le deuxième reste à ce jour le plus grand succès commercial de l'artiste, grâce notamment aux singles Help Me et Free Man in Paris (gentiment ironique à l'égard de son agent David Geffen).
Cet album préfigure le tournant « jazz » qu'amorce alors Joni Mitchell (épaulée par tout un groupe, le L.A. Express) et que confirmeront les parutions suivantes, lesquelles déconcerteront une partie de son premier public. Dans The Hissing of Summer Lawns (1975), l'expression de l'intime laisse place à une série de vignettes sur les femmes contemporaines victimes du consumérisme, prisonnières du confort et de la domination masculine (Edith and the Kingpin, The Hissing of Summer Lawns, Harry's House). Mitchell recourt à des percussions africaines (les Tambours du Burundi) et à un synthétiseur sur The Jungle Line, sorte de collage d'impressions urbaines. Dominé par la basse fretless de Jaco Pastorius et des arrangements de jazz fusion, Hejira (1976), a été écrit lors d'un voyage transcontinental de l'Est à l'Ouest américain (et retour) effectué en voiture. La compositrice y médite en partie à nouveau sur elle-même, son passé, ses amours tumultueuses (Song for Sharon, Hejira), ainsi que dans Don Juan's Reckless Daughter (1977), double album qui fait la part belle au long Paprika Plains, sur une face entière. Joni collabore avec Charles Mingus, écrivant des paroles sur des thèmes du contrebassiste, lequel meurt avant que le projet ne soit mené à terme. La musicienne boucle seule l'album qu'elle enregistre avec Jaco Pastorius, Wayne Shorter et Herbie Hancock. Une fois encore, si Mingus (1979) est bien reçu dans les milieux musicaux, son public habituel peine à suivre. La critique elle-même est quelquefois sceptique devant cette tentative d'évoluer en chanteuse de jazz classique, s'éloignant ainsi de la démarche originale qui avait abouti à Hejira.
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